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Ramuntcho Matta : augmenter les capacités humaines

Dialogue avec Gary Cummiskey

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Ramuntcho Matta est un artiste pluridisciplinaire résident en France.

Il a réalisé 34 disques personnels et une vingtaine en collaborations.

Il a exposé son travail plastique aussi bien en Europe, qu’aux Amériques et au Japon.

photographe: Oona Matta

Votre père était l’artiste Roberto Matta qui est partis du Chili en 1934 et qui a pu rencontrer aussi bien Federico Garcia Lorca, André Breton, Joyce Mansour, Max Ernst, Asger Jorn, Ouspensky, Robert Motherwell, Benjamin Peret, Victor Brauner…( la liste est trop longue).

J’imagine que votre enfance était interessante ?

Tout me semblait normal.

Lorsqu’on n’a pas de points de comparaisons, il « normal » de dormir têtes-bêches dans un placard avec sa sœur, avec des trous dans la porte pour pouvoir respirer.

il est « normal » d’habiter un tout petit appartement où la pièce principale est a la fois l’atelier du père, la salle à manger, le salon et la chambre a coucher du père.

 

C’était ma mère qui ramenait l’argent du foyer.

Elle était styliste et aussi un activiste politique.

Elle a dû quitter les états unis car était accusée d’être communiste.

elle avait créé la première radio universitaire qui jouait du jazz interprété par des afro-américains.

Il est vrai qu’elle avait baptisé la radio RED.

c’était la couleur de l’équipe de football de l’université de Cornell.

 

elle est  arrivée à Rome en Italie, où pour gagner sa vie elle dansait dans les péplums.

 

ma maman a grandi à Rochester new York où elle avait pour voisine une dame fortunée qui faisait « salon ».

C’est là qu’elle a eu la chance de rencontrer John Cage, Marcel Duchamp et Martha Graham.

Pour elle aussi, il était « normal » de fréquenter l’avant-garde.

 

comme l’appartement parisien était aussi l’atelier, il était naturel d’avoir des visiteurs comme Max Ernst, Dorothea Tanning, Asger Jorn, Öyvind Fahlström… Henri Michaux….

une chose était assez claire : c’est gens là ne s’adressaient pas a des jeunes comme si c’était des sous êtres… c’était des discussions d’égal a égal ; ils s’intéressaient sincèrement comment un petit garçon percevait le monde et leurs travaux.

aussi loin que je me souvienne, les discussions tournaient autour de trouver des moyens pour faire progresser le monde : socialement, intellectuellement, artistiquement…

l’art étant un métaphore pour exprimer la potentialité humaine.

 

nous étions situés à Saint Germain des prés qui, à l’époque, était un quartier très peu cher.

 

Il y avait des cafés où l’on pouvait rester des heures et aussi des jardins pour flâner et philosopher.

 

tout cela était tout a fait « naturel ».

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 Brion Gysin, Tessa Pollitt et Ramuntcho Matta au concert de la Final Academy, 1982.

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​Brion Gysin et Ramuntcho Matta, début des années 1980

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il est connu que tu a rencontré Brion Gysin lorsque tu étais adolescent et qu’ensuite tu a collaboré et enregistrer avec lui.

te souviens-tu de ta première impression de Gysin… ?`

comment était-ce de travailler avec lui ?

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« travailler » ?

hum…. au début c’était plutôt comme être adopter…. et il devait aussi un peu m’apprivoiser.

 

C’est mon directeur d’école qui m’a envoyé chez lui.

c’était un peu l’opération de la dernière chance car je n’étais vraiment pas quelqu’un de scolaire.

 

j’avais quinze ans et j’étais tout a fait perdu.

 

mon directeur avait été très clair… si tu viens aux cours de poésies et de Philosophies,. et si tu vas aider un ami a moi qui est en train de mourir… et si tu fait bien ces trois choses , non seulement je ne dirais pas a tes parents que tu ne va pas en cours… mais chaque années je te ferais passer dans la classe supérieure…

ce ne sera pas facile… il faudra sans doute l’aider a faire sa toilette et lui faire a manger.

 

Alors j’arrivais chez Brion a 8h du matin.

Il était souvent déjà levé.

Des fois je l’aidais a s’habiller et je faisais un peu le ménage.

Et il s’asseyait a sa table de travail et roulait un joint.

C’était la première chose pour se mettre en route : ralentir.

Et il se mettait a écrire pendant une heure ou deux.

puis on faisait une pause et il me parlait de choses très différentes.

littérature : style

sciences : découvertes

arts … histoire …récentes et très anciennes

puis il se remettait au travail et j’allais faire les courses pour préparer notre déjeuner…

 

puis j’allais a l’école, ou j’allais trainer…

je revenais vers 16h 20

et presque tous les jours Brion parlait au telephone avec William….

Il parlaient durant presque une heure…

a l’époque les communication étaient très chères…. je ne sais pas comment ils pouvaient se permettre cela

 

puis c’était l’heure des visites et des Fours Roses….

 

après cela je rentrait chez moi et Brion faisait la sieste

 

on se retrouvait parfois après pour aller à un concert ou au privilège.

le privilège au sous-sol d’un club a la mode.

c’était the place to be

 

toute la crème de la créativité mondiale se retrouvait là..
de Mick Jagger a Truman Capote

 

Comme il se savait mourant, il fallait s’amuser…

 

on a aussi beaucoup étudier le livre des morts tibétains et celui égyptiens…
 

Mon directeur d’école c’était Maurice Benhamou…

Il m’a raconté 20 ans plus tard que Brion prenait très au sérieux son rôle de « tuteur »…

tous les soirs il appelait Benhamou pour lui raconter ce que nou savions étudier et comment j’avais assimiler les informations.
 

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en 1977, deux ans après que nous nous soyons rencontré, Brion me raconta qu’il avait fréquenté mon père a new york juste après la guerre…. et qu’ils avaient peint ensemble… mon père adorait cela…

il se sont fréquenté ensuite en 1963…

 

Brion a fait une série qui s’intitule « gracias a matta »… j’ai un de ces travaux…

 

Le grand sujet entre les deux était Ouspensky, car mon père avait travaillé avec lui et Brion était très intéressé par les techniques d’optimisation de l’être.

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​​Brion Gysin, début des années 1980. Photographe : Ramuntcho Matta

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​Brion Gysin, Yann Lecker et Ramuntcho Matta, début des années 1980

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Dans son livre The Beat Hotel, Barry Miles dit que votre père était une grande influence sur la pratique visuelle de Brion.

Est-ce que votre père a rencontré Brion ?

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Est-ce que vous avait bien connus William Burroughs ou juste un peu ?

très vite William est devenu comme un oncle.

C’est Brion qui m’a présenté a William…..

Tout comme John Giorno, Allen Ginsberg, Ornette Coleman ou Steve Lacy…

comme Brion me considérait comme son fils… tous ses amis ont toujours étés très bienveillants envers moi …

 

Une autre Personnalité fascinante est celle de Ira Cohen… il vous mentionne dans un de ses poèmes sur Ghérasim Luca.

Ira allait souvent voir Brion… mais nous sommes devenus véritablement amis après le départ de Brion.

On partageait les mêmes passions pour la magie et les processus initiatiques.

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Brion Gysin et Ira Cohen, début des années 1980. Photographe: Ramuntcho Matta

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Retournons un peu en arrière dans le temps.

Vous avez étudié  la musique à new york à la fin des années 70.

vous avez partagé l’atelier de Laurie Anderson et rencontré John Cage.

comment c’était ?

bon, cela n’est pas tout a fait exacte.

J’avais deux demi frère que ma maman a « adopté »… donc ils étaient très proches… en particulier Batan, qui avec des syndromes de schizophrénie … et comme j’avais un peu d’autismes… il y avait une complicité dans la singularité.

En 1976 Batan se jette par la fenêtre et c’est comme cela que j’ai rencontré Felix Guattari et commencé a fréquenter la borde…c’était une clinique un peu particulière où il était presque impossible de distinguer les patients des soignants…

deux ans après le jumeau de Batan, Gordon Matta Clark, mœurt d’un cancer.

Richard Nonas, son meilleur ami, m’appelle et me dit : maintenant que Gordon n’est plus là, c’est moi ton frère, vient vivre avec moi a New York.

C’est ainsi que je fu « adopté »(a nouveau) par toutes cette bande d’amis de Gordon.

Toutes ces personnes avait les mêmes objectifs que le groupe surréaliste : utiliser l’art pour aider le monde a aller mieux.

 

Laurie était comme une sœur

on a passé du temps dans son studio

 

je suis devenu proche de John Cage et il m’a transmis l’amour des plantes et du thé.

 

j’y ai passé deux ans avec Robert Raushenberg, Dickye Landry, Richard Peck, Arto Lindsay, Robert Wilson….

J’allais aussi a la Third Street School of music qui était 11th Street…

 

puis je suis rentré en France pour être avec Brion et ma mère qui était tombée malade….

 

je n’avais pas envie de faire carrière….

Comment as-tu fait ton premier album avec Brion, comment s’est arrivé ?

l’album est sortis en 1985…

mais nous avions enregistés des moreaux de ci de là….

 

on a fait un concert au casino de paris avec Brion

c’était une soirée organisée par Actuel et radio Nova

 

après le concert deux types sont venus nous féliciter back stage

l’un d’eux nous a demandé ce qui nous ferais plaisir alors j’ai répondu

« faire un disque »

 

« combien cela couterait ? »

 

« je sais pas… 300 000 francs »

a l’époque c’était beaucoup d’argent…

 

après dix minutes, le type est revenu avec un sac en papier… il y avait 300 000 francs dedans.

<cash.

 

quelques années avant on avait enregistré Kick avec Don Cherry.

De quel instrument tu joues a part la guitare ??

J’ai vu un film où tu joue de la Mbira, un instrument que t’a donné Henri Michaux.

bon, « jouer » c’est beaucoup dire…

disons que je bricole avec tout ce qui peut me tomber sous la mains…

 

tout ce qui fait du son… je fais un morceau avec.

 

et puis … comme je fais de la synesthésie… tous sons qui passe par mes oreilles cela produit des formes et des couleurs

 

c’est  comme sculpter ou peindre avec des sons

Tu es aussi reconnu comme artiste visuel… je suppose que ce n’est pas surprenant vu que ton père est artiste. Quand as-tu commencer a produire de l’art ? as-tu fait des études formelles??

bon, il est vrai que j’ai passé beaucoup de temps dans le studio de mon père.

 

j’ai passé beaucoup de temps avec Batan et Gordon

j’ai commencé à dessiner vers 5 ou 6 ans avec Saul Steinberg

j’ai bricolé avec Asger Jorn

j’ai fait des expériences avec Henri Michaux

et pendant dix ans j’ai côtoyé Brion…

 

est une formation formelle ???

Tu fais des petites aquarelles tous les matins et tu les publie sur les réseaux sociaux, tu écris aussi des textes comme bonjour bonjour sur Burroughs.

pourrais-tu nous parler de tes livres ?

combiens de livre as-tu publié ?

je n’ai aucune idée.

je suis un peu comme un chien.

si tu me demande de faire, je fais.

 

Je fais de mon mieux.

 

J’aime faire des disques

j’aime faire des livres

 

comme tu le sais

la pratique de l’art est très solitaire

 

alors dès que j’ai une opportunité

je saute dessus

 

j’ai dessiné des tee shirts, des sac a mains, un canapé…

j’ai fait des CD roms pour enfant

de la signalétique pour des musées

des scenographies

un film…

 

pour mes dessins du jour (c’est comme cela que j’intitule mon travail sur les réseaux sociaux)

c’est autre chose

 

c’est a la fois un ascèse et un cadeau

 

c’est un aller/retour entre le digital, un travail qui vient du doigt (de la main) et va vers le numerique..

 

c’est aussi une gymnastique de l’esprit

 

comment un texte nait d’un dessin et va nourrir ce dessin par de multiples interprétations

 

c’est aussi une méditation…. je fais cela au réveil

souvent au milieu de la nuit

 

dans un état un peu altéré….

 

il y a de l’intime et du cosmique

 

du pragmatique et d’autres choses….

 

ce n’est pas vraiment moi qui communique

 

il y plusieurs ramuntcho là-dedans

 

du réfléchis et de l’improvisation

Ton art visuel est exposé dans plusieurs pays, de l’Italie a l’argentine.

Est-ce que il y une exposition qui t’a particulièrement marqué?

j’aime le temps où l’exposition de prépare.

j’aime la conception.

et parce que mes expositions sont des traces d’une expérience que j’ai conçu spécialement pour un endroit, je suis toujours exalté par les échanges que j’ai eu avec les gens.

c’est avant tout un aventure humaine.

je cherche là où il pourrait y avoir un besoin…

des écoles, des instituts de santés mentales, des communautés un peu exclues ou a la marge.

ce que je trouve le plus précieux : c’est de partager le présent avec des gens.

Tu as dit que par ton père tu avais un lien avec le surréalisme et par Gysin avec les Beats…..

quel est ton sentiment vis-à-vis de ces deux mouvement vus depuis 2026 ?

je crois dans l’énergie et dans le pouvoir de l’intention.

 

Le groupe surrealiste était en réaction avec la première guerre mondiale : en disant clairement « plus jamais ça », il faut créer de nouveaux outils pour cela ne puisse plus se reproduire.

 

Les beats étaient en réaction a l’american way of life, qui tout autant meurtrière qu’une guerre.

Le monde de finances utilise les mêmes terminologies… et il a les mêmes objectifs… dominer et soumettre ..

 

en 2025 nous devons inventer des outils de résistances.

 

je sais exactement ce dont le monde a besoin et j’y travaill

A part tes dessins du jour as-tu d’autres projets en ce moment ?

avoir une vie est un beau projet

 

et puis je travaille sur un film sur ma mère

aussi sur une installation sur tout ce que Chris Marker m’a transmis

 

je fais des workshops

 

j’ai lizieres qui est central dans ma pratique

 

et je travaille a ce que mon téléphone sonne

Crois tu que les artistes ont un rôle a jouer dans le monde ?

si oui… quel serait se rôle ?

mon travail consiste aussi a sortir l’art du monde de l’art

 

je génere des situations

 

je crois que l’art est un moyen d’explorer les pententialités humaines par le sensible.

mon experience que l’art peut nous permettre de devenir des meilleurs personnes

 

l’art est un présence

 

on a besoin d’une bonne dose de cela

 

mais encore faudrait t’il définir ce que tu entends par l’art ??

oeuvres d'art

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